Clarel ZEPHIR
 
ZCCS
Architecte Urbaniste
•
2 novembre 2026
•
Vous souvenez-vous de cette France moche décrite par Télérama il y a 16 ans ?

Elle est toujours là, et pour longtemps encore.

Elle résulte d’une planification que l’État a conduite pendant plus de quarante ans et que les collectivités locales ont relayée.

On a favorisé l'accession à la maison individuelle et l'étalement urbain, quitte à habiter loin de son travail et à ne plus pouvoir se passer de sa voiture. On a autorisé le développement de grandes zones commerciales, et les collectivités ont même payé les routes, les échangeurs, les bretelles et les ronds-points pour les desservir et servir en même temps des intérêts privés. Les commerces des centres-villes en ont fait les frais.

C'était un choix délibéré.

Quarante ans après, nous héritons d'un paysage d'entre-deux (ni ville ni campagne). Il aligne en collier de perles des secteurs pavillonnaires et des boîtes monofonctionnelles aux enseignes démesurées ou criardes, ourlées de stationnements arides, sans égard pour le contexte paysager dans lequel tout ce maelström s'installe.

Aujourd'hui, nous jugeons ces territoires avec un mépris teinté d'abattement. Je trouve cela injuste, car nous les regardons depuis le centre et nous les évaluons uniquement au regard du déficit de transport, d'urbanité, de densité et de beauté qu'ils offrent.

Nos rétines d'urbains (et pas seulement celles des urbanistes !) restent réglées sur la ville des XVIIIe/XIXe siècles : des rues et des places bordées d'immeubles bien alignés, une certaine politesse urbaine qui nous rassure.

Et si une autre urbanité pouvait naître des ingrédients déjà là ?

Une urbanité autour des polarités commerciales et de loisirs qui existent déjà et rassemblent aujourd'hui des millions de Français. Nous pourrions y agréger des services et des programmes, voire des équipements publics, et conforter ainsi des centralités hybrides, où s'expérimentent des dynamiques économiques et culturelles inédites propres à attirer de nouveaux habitants.

Une urbanité qui expérimente de nouvelles formes d'habiter sur ces territoires desserrés, où priment la qualité du cadre de vie et la densité d'aménités paysagères et environnementales. Bref, tout ce qui ne peut s'imaginer dans un centre-ville dense, où la rentabilité et la densité bâtie l'emportent.

Une urbanité qui réinvente la notion d'espaces publics paysagers en s'appuyant sur l'armature des espaces privés. Je pense à cette nature à portée de main (chemins agricoles, espaces arborés latents, champs, etc.) qui se niche dans les plis de ces territoires et peut constituer de nouveaux espaces de sociabilité, de rencontre, de promenade et de mobilités actives.

Plutôt que de parler de France moche, ne pourrions-nous pas enfin considérer cette France proche, celle de près de 30 millions de Français ?

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