
Deux exemples récents le confirment.
Bruxelles, friche Josaphat. Cette ancienne gare de triage fait l'objet d'un projet de reconquête urbaine et un promoteur dépose un permis de lotir pour 537 logements. S'ensuivent une contestation et une enquête publique totalisant 6350 réactions d'opposition, soit plus du double de l'an dernier. Les arguments des opposants : la friche est un îlot de fraîcheur et abrite désormais une grande variété d'espèces.
Manchester, friche Ryebank Fields. Des habitants et des associations ont déposé leur propre demande de permis pour sanctuariser environ 4 hectares d'une ancienne décharge renaturée. Ils s'opposent ainsi à 120 logements prévus sur un terrain de l'université.
Sincérité écologique ou allergie à un nouveau voisinage ? Difficile à dire.
Ce que je constate :
• Une friche gagne en valeur écologique d'année en année. L'exemple bruxellois le démontre avec 1 700 espèces recensées. Elle s'autorégénère et devient vite une réserve où le vivant non humain prospère. Dès lors, faut-il l'aménager ou la ménager ?
• Chaque logement non construit sur une friche se construit ailleurs, souvent en périphérie. Ou ne se construit pas du tout. Dès lors, comment loger ceux qui en ont vraiment besoin et qui souhaitent rester au plus proche des emplois et des services ?
• Ceux qui ont entretenu et fréquenté un site en friche pendant des années, notamment le tissu associatif, acquièrent une légitimité à parler de son avenir. Ryebank Fields en est l'illustration la plus nette. Les absents, ceux en attente d'un logement, de services ou d'équipements, n'y participent pas.
Ce que je recommande :
• Diagnostiquer l'état initial écologique avant de programmer, et non au stade de l'étude d'impact comme cela se pratique habituellement, puis l’actualiser chaque année si le projet traîne.
• Chiffrer le coût du non-construit, c'est-à-dire l'endroit où iraient ces logements et ce que cela artificialise. Quel est son coût en termes de mobilités, de bilan carbone, de santé ?
• Fixer tôt un socle de nature non négociable et le rendre public. La discussion ne porte alors que sur le reste du site.
• Faire exister les absents dans la concertation : les demandeurs de logement comme les salariés qui ne peuvent plus se loger en ville, et pas seulement les riverains.
• Pratiquer un urbanisme transitoire honnête. Une occupation temporaire présentée comme ouverte fabrique de l'attachement, puis un sentiment de trahison. Bien cadrée, elle devient un terrain d'observation de ce qui compte vraiment pour les usagers.
Reste une question difficile : quand nos projets avancent moins vite que le vivant, auquel des deux donner la priorité ?
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Photo : Saskia Vanderstichele, Bruxelles, friche Josaphat
