Clarel ZEPHIR
 
ZCCS
Architecte Urbaniste
•
7 octobre 2026
•
Faut-il végétaliser nos centres anciens ? Je n'en suis plus si sûr.

Poser la question en ces termes après des semaines de canicule confine à la provocation. Mais un récent projet m’a ébranlé dans mes certitudes.

Missionné par une collectivité pour intervenir sur la refonte de ses espaces publics, je découvre avec mon équipe une situation devenue banale. Un centre-ville historique souffrant d’une dépréciation lente en dépit de plus de 1000 ans d’histoire et d’un patrimoine architectural remarquable. Nos analyses et observations comportementales nous montrent que malgré une offre commerciale réelle, personne ne s’attarde dans le centre-ville.

Les raisons sont nombreuses. Manque d’aménités et absence de lieux de sociabilité. La présence de la voiture prend des proportions déraisonnables pour un cœur historique.  La minéralité excessive des sols, couplée à une absence totale de végétation, génère des configurations propices à l’inconfort thermique. Il n’y a pas un seul arbre sur plus d’un hectare d’espace public !

Et pour cause. Planter une place médiévale ne va pas de soi. Cette figure urbaine tient par le vide : des fronts bâtis au parcellaire étroit qui cadrent, un sol libre permettant le déploiement d’activités économiques, des vues ménagées sur les monuments religieux et très souvent un sous-sol encombré de vestiges.

Dès lors, comment investir ces lieux sans s’inscrire dans une posture exclusivement patrimoniale et contemplative, ou dans une posture environnementale appelant à une végétalisation massive de circonstance afin de conjurer l’angoisse climatique ?

La réponse que nous apportons tient dans une idée. Conjuguer un urbanisme de tracé et un urbanisme de mode de vie.

Nous proposons de planter de manière ciblée des grands sujets tout en préservant l’arrière-scène médiévale et les vues cadrées sur les édifices remarquables. Le cœur des places reste dégagé pour permettre le déploiement d’activités économiques, culturelles ou évènementielles. Pour le reste, la fraîcheur se cherche ailleurs. Par le sol, une pierre claire au lieu de l'enrobé. Par l'eau, avec l’implantation d’une fontaine. Par la trame d’ombre qu’offre le tissu médiéval.

Nous menons un travail de pédagogie auprès des élus afin de réduire la présence de la voiture sur les places. 60% du stationnement est supprimé et reporté dans les parkings existants proches. L’espace libéré permet le déploiement de terrasses de café, d’un marché hebdomadaire, d’événements culturels.

Méfions-nous de l’injonction de végétalisation indifférenciée pour adapter nos villes au changement climatique. Cela rappelle d’autres époques où il fallait adapter la ville à ‘automobile pour ne pas rater le coche du progrès.

L'urbanisme de tracé raisonne en siècles. Ces places en ont dix. L'urbanisme de mode de vie raisonne sur une génération, parfois sur une décennie. Peut-on légitimement faire plier le premier au profit du second ?

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