La santé : les bonnes questions que chaque élu local doit se poser

­La santé ne peut plus être traitée comme une politique secondaire. Elle doit devenir un axe structurant de l’action locale. Non pas parce que les communes seraient responsables du système de soins, mais parce que la bonne santé se construit d’abord dans le quotidien, au cœur même des décisions municipales.

 

Les chiffres sont clairs : près de 70 % de notre état de santé dépend de facteurs socio-économiques et environnementaux.

  • 45 % pour les conditions socio-économiques : accès à l’emploi et à des revenus décents, à une alimentation saine, à la culture, aux sports et aux loisirs, à une vie sociale et familiale épanouie ;

  • 25 % pour l’environnement : qualité de l’eau et de l’air, exposition aux pollutions, logement, accès à la nature, mobilités ;

 

Ce sont autant de domaines sur lesquels les élus locaux disposent de leviers concrets et qui influencent profondément notre santé physique, mentale et sociale.

 

Les autres facteurs qui déterminent notre bonne santé pèsent moins :

  • 15 % relève de l’offre de soins, c’est-à-dire l’accès aux professionnels et aux structures médicales et paramédicales ;

  • 10 % tient aux comportements individuels : alimentation, activité physique, addictions, conduites à risque ;

  • 5 % est lié à la génétique.

 

Conscients de cela, une série de questions essentielles devrait guider toute action municipale.

 

Les questions incontournables qui se posent dans toutes les communes

  • Dans ma commune, les déplacements du quotidien peuvent-ils se faire facilement et en sécurité, à pied ou à vélo, pour les enfants, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap ?

  • Les espaces publics favorisent-ils réellement l’activité physique et la rencontre, ou renforcent-ils au contraire la dépendance à la voiture et l’isolement ?

  • Les aires de jeux pour enfants sont-elles complétées par d'agrès sportifs pour les plus grands et les adultes ?

  • L’accès à une alimentation saine et durable est-il garanti pour tous, notamment dans la restauration collective ?

  • Les objectifs de la loi EGALIM sont-ils atteints et soutiennent-ils les producteurs locaux tout en améliorant la santé des habitants ?

  • La qualité de l’environnement est-elle suffisamment protégée ?

  • Les captages d’eau sont-ils préservés des pollutions ?

  • Les cours d’écoles, les places publiques et les quartiers sont-ils végétalisés pour limiter les effets des vagues de chaleur, améliorer la qualité de l’air et offrir des espaces de respiration ?

  • Le territoire permet-il un accès réel à la nature et aux espaces de promenade ?

  • Des activités culturelles, sportives et de loisirs sont-elles proposées tout au long de l’année pour renforcer le bien-être et le lien social ?

  • Le logement est-il un facteur de bonne santé ou de fragilisation ?

  • Des permanences France Rénov’ ou des dispositifs équivalents sont-ils organisés pour accompagner les habitants dans l’amélioration de leur logement et du confort de vie ?

  • Des actions spécifiques sont-elles mises en place pour prévenir l’isolement social, soutenir la santé mentale et réduire les inégalités, notamment pour les personnes âgées, les jeunes et les publics les plus fragiles ?

 

Ces questions ne relèvent pas du détail technique. Elles traduisent une vision politique. Celle d’une "santé dans toutes les politiques", approche promue par l’Organisation mondiale de la santé et portée en France par le Réseau français Villes-Santé (RfVS).

 

Les élus peuvent aussi s’appuyer sur l’Association Élus, Santé Publique & Territoires (ESPT), qui accompagne et forme les élus locaux délégués à la santé, favorise le partage d’expériences et soutient la structuration de véritables politiques municipales de santé, en lien avec les acteurs de terrain et les Agences régionales de santé.

 

Faire de la santé une priorité municipale, ce n’est pas ajouter une compétence supplémentaire. C’est donner une cohérence globale à l’action publique locale. C’est assumer que chaque décision d’urbanisme, de mobilité, d’environnement ou de solidarité est aussi une décision de santé. Face aux défis climatiques, sociaux et sanitaires, les élus locaux ont le pouvoir d’agir. Il est temps d’en faire un choix politique clair et assumé.

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Houda BENDIB
ARCHITECTE DPLG
ATELIERS HB ARCHITECTES